[Interview] Romain Bigeard : la quête du son ultime

Après l’entretien avec Semi, je continue ma plongée au coeur de la blogosphère guitare avec l’interview de Romain Bigeard. Je vous recommande chaleureusement le  blog de ce français expatrié en Australie qui regorge de tests matos.

BQG : alors Romain, qui es tu ?
Romain Bigeard : Vaste question, certains auront reconnu mon nom car j’ai écrit pour Keyboards entre 1994 et 2002. Je faisais des tests de matos, la rubrique PC et le courrier des lecteurs pendant un moment et… beaucoup de tests de soft. Ensuite j’ai participé à l’aventure Soundkeys, un magazine concurrent entre 2002 et 2003. Puis j’ai un peu contribué à  Audiofanzine. Et puis je suis parti vivre à  l’étranger, j’ai donc un peu arrêté d’écrire puis l’envie était trop forte donc j’ai lancé mon blog guitare www.guitartoneoverload.com (en Anglais et Français), un blog qui traite d’effets guitare et de la quête du « Son »

BQG : Je tombe par hasard sur ton blog qui est une vraie caverne d’ali-gratte-gratte !
Romain : Merci ! L’idée était de faire un site que j’aurais aimé lire. C’est à dire pas seulement dédié au matos mais aussi au « son » de guitare (tone en anglais). C’est un peu une préoccupation constante voire une obsession.

BQG : D’où l’importance accordée aux effets sur ton blog…
Romain : Oui, j’aime assez la façon dont une pédale trouvée d’occase à  40 Euros peut t’orienter vers un son complètement différent. J’ai accumulé une collection comme ça, à  coup de pédales d’occase.

BQG : pour un débutant, tu recommandes de faire quoi pour se créer un son à  lui ?
Romain : Bonne question. Il y a deux axes je pense 1) des influences guitaristiques 2) trouver le matos avec lequel on a des affinités. A propos du point deux, c’est valable pour les guitares, amplis et effets. Il y a je pense des instruments avec lesquels on se sent mieux qu’avec d’autres et je considère l’ensemble guitare-effets-ampli comme un instrument. Mais il ne faut pas oublier « les doigts » car c’est là  que le son commence.

BQG : Attention de ne pas tomber dans l’excès de l’obnubilation matos tout de même, pas facile de résister au GAS…
Romain : Oui, je pense aussi qu’il y a un peu un niveau d’exagération. Ca me rappelle une vidéo où on voit Eric Johnson se moquer de sa propre légende (on dit qu’il pouvait passer des heures à  changer les piles de ses pédales pour changer le son).

BQG : Oui c’est connu, les Duracell offrent un bien meilleur son 😉
Romain : pour un débutant, la démarche de choisir du matos un peu similaire à  celui de ses idoles n’est pas complètement dénuée de fondement tout en se méfiant des principes absolus. Par exemple, les gars sur les forums qui n’ont que des pédales « boutique » et qui écrivent à  longueur de journée que les pédales Boss c’est de la merde. Je suis allé voir Steve Vai à  Sydney il y a un mois et il avait essentiellement des pédales Boss sur son pedalbaord que j’ai vu de près…

BQG : il y a une grande part de subjectif dans l’appréciation du son et donc d’une pédale
Romain : En effet, il y a une grande part de subjectif donc il faut raison garder, ce n’est « que » du matos au final, il ne faut pas perdre de vue le fait de simplement jouer. Un matos réputé de moins bonne qualité peut donner des résultats surprenant quand on sait y faire…
Jack White en est un exemple frappant, sa guitare en plastique s’est vendue très chère…

BQG : Beaucoup de guitaristes ont aussi un son à eux reconnaissable entre milles, c’est là qu’on voit l’importance du son en définitive… comme une carte de visite.
Romain : Oui The Edge par exemple et son Deluxe Memory Man, un vieux delay analogique d’Electro Harmonix, toujours fabriqué. Brian May, tout le monde reconnait Queen je crois, avec son Vox AC 30 aussi et beaucoup de delay et puis encore Hendrix qui est vraiment reconnaissable, Stevie Ray Vaughan tellement copié, jamais égalé avec sa Strat -> TS -> Ampli Fender…

BQG : je pique l’idée à  Pierre du podcast La Chaine Guitare : quelle était ta première guitare ?
Romain : Ah c’était une copie de Gibson SG blanche de marque Gherson acheté dans un magasin qui vendait tout et n’importe quoi d’occase, achetée 500F en 1990. C’était un peu une planche à  pain. Je me souviens de mon premier « Smoke on the water » dessus. La seconde a été une Yamaha RGX612 et me demande pas comment je me souviens de la référence. Guitare typique du début des 90s, Floyd Rose, micros type EMG, etc.

BQG : tu as aujourd’hui une belle collection, en résumé ?
Romain : Oui, assez classique au final : une Telecaster 78, une Strat, une Gibson SG, une guitare Custom faite par un copain qui s’appelle Robin Bully, une electro acoustique Maton (une marque Australienne sur laquelle John Butler joue). J’ai aussi environ 40 pédales.

BQG : je vois que tu utilises aussi une Variax…
Romain : Ah oui en effet, achetée quand elles sont sorties en 2003, une Variax 500, ça s’appelle maintenant je crois. Quand la Variax est sortie, j’étais dans mon magasin de guitares favori a Besanson quand le vendeur me dit « j’ai une guitare magique »… Je l’ai essayé puis je l’ai acheté. En fait, je l’ai tellement utilisée entre 2003 et 2006 que je m’en suis un peu dégouté. C’est vraiment un instrument bluffant même si le le son de Strat ne sonne pas tout à  fait comme ma Strat si tu vois ce que je veux dire. Par contre, c’est clairement super intéressant quand tu fais de la scène

BQG : tes effets préférées ?
Romain : La Marshall Shredmaster, un pédale achetée aux environ de 93. Une disto mais qui peut faire overdrive. Ensuite, les delay, j’adore. Un bon vieux Boss DD-3, un Memory Man et plus récent Flashback Delay de TC.

BQG : tu penses quoi ce cette vague des effets numérique type M5 de Line6 ou les Zoom entre autres ?
Romain : Alors c’est toujours pareil, un multi-effet va faire certains trucs très bien, certains trucs moins bien et d’autres trucs carrément mal. C’est déjà excellent pour découvrir l’univers des effets et travailler son son à moindre frais. Ensuite, le tout pédales séparées ça a un côté « chasse au trésor » où tu peux modifier juste un élément de la chaine. Mais il y a de très bon multi-effets également, utilisés par des pros d’ailleurs.

BQG : pourrais-tu m’expliquer cette tendance qui consiste à  faire modifier une pédale générique en boutique ?
Romain : C’est une tendance qui a explosé avec Internet. L’idée est qu’une pédale « de série » peut avoir fait l’objet de compromis dans sa fabrication. En particulier sur le choix des composants. Donc par exemple, une modification habituelle sur une Tube Screamer est de changer le composant qui est au coeur de la pédale (l’ampli op) par un composant de « meilleure qualité ». On peut acheter des pédales déjà  modifiées aux US pour en gros le prix du neuf non modifié en France mais je l’ai pas dit :-) Cela dit, Ibanez a emboité le pas avec la TS808HW qui est en gros déjà  « boutique ».

BQG : tu as des adresses ?
Romain :  Analog Man, c’est le pape de la modif, le premier à en avoir fait, je lui ai acheté du matos en 1996 à  l’époque où la seule façon de payer c’était par mandat postal. C’est un mec qui est un cador de l’électronique avec un assistant et sa femme pour aider. Ensuite, il y a Keeley … Une TS9 déjà  modifiée revient à  160 Dollars en gros plus le port soit 200 dollars, 150 Euros peut-être, c’est raisonnable, enfin façon de parler. Au niveau du son, c’est plus « chaud », avec moins de souffle. Mais pour relativiser, j’ai aussi une TS5, la Tube Screamer la moins chère jamais fabriquée par Ibanez et ça sonne déjà  très bien.

BQG : et donc les Boss que tu aimes bien ?
Romain : j’apprécie la la SD-1, l’overdrive jaune, pas loin d’une TS en un peu plus « rock ». Le DD-3, valeur sûre du Delay et il y en a plein d’occase et Boss c’est solide donc pas de souci. Il y a d’autres marques qui le sont moins comme les vieilles Electro Harmonix
Les Ibanez des années 80 surtout la série 9 ont des problèmes de switch, il faut le savoir

BQG : Quand tu juges une pédales, tu procèdes comment ?
Romain : Il y a la « première impression » qui est importante: si je branche et que ça ne sonne pas tout de suite en réglant pendant quelques minutes, j’ai des doutes. A ce stade, le souffle ou les défauts ne m’importent pas si le son, le caractère me plaît. Il est aussi important qu’une pédale s’intègre au reste de mon matos. Il y a des pédales de disto ou d’overdrive qui vont mieux sonner sur un ampli de type Fender que sur un Marshall ou mieux avec des simples ou des doubles. C’est là  qu’on comprend le succès de la TS par exemple, ça sonne à  peu près avec n’importe quoi. Il y a aussi des amplis qui « prennent » les pédales plus facilement, les Fender modernes par exemple type HotRod. Ensuite, toujours pour jauger, je regarde les réglages extrêmes par exemple gain à  zéro ou volume à  fond sur une overdrive, c’est là qu’on peut trouver des sons intéressants. Enfin, il y a la façon dont elle réagit à d’autres pédales. Si tu mets deux pédales « de gain » ensemble genre deux distos ou deux overdrives, il peut être intéressant de les combiner. Le résultat peut être vraiment mauvais (genre son tout écrasé) ou carrément bien. Par exemple, une TS et une Boss SD-1 ensemble peuvent donner de bon résultat, j’ai une vidéo d’exemple sur mon site.

BQG : parlons un peu de ton jeu, tu as produit un CD que j’ai bien aimé.
Romain : Oui, je l’ai auto produit fin 2010. Il s’agit une collection d’instrumentaux intitulée « Fiction » (NDLR : 5 titres en écoute ici). Il y a grosso modo une moitié rock assez conventionnelle et une moitié un peu plus « atmosphérique ». Deux morceaux sur les 10 ont été utilisés lors d’un spectacle de danse moderne l’année dernière. L’idée était un peu d’utiliser les idées, le matos, les sons accumulés au fil des années sur un recueil de morceaux. Exemple : la basse est en fait une guitare « détuné » d’une octave sur ce titre. Ce disque était plus un défi personnel que j’avais envie de réaliser depuis longtemps. Il m’a fallu 4 mois de boulot avec le mixage moi-même ce qui a pris du temps. Sur le disque on entends probablement 50% SG 61 Reissue, 30% Telecaster, 20% Strat et le solo de Fiction est joué sur ma guitare custom fabriquée par Robin Bully.

BQG : tu bosses avec quel matos pour l’enregistrement home studio ?
Romain : j’ai un Mac avec Cubase 5 à l’époque et une interface Edirol FA-66

BQG : quelles sont tes influences ?
Romain : en gros, Hendrix et des groupes années 80 comme The cure.

BQG : Merci Romain pour le temps que tu m’as accordé !

NDLR : Le CD est disponible sous forme physique sur Cdbaby.com ou sous forme numérique sur iTunes, Amazon, etc. Vous pouvez en écouter 5 morceaux entiers sur MySpace. Vous pouvez également retrouver Romain sur son Twitter.

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